Créer son entreprise quand on est aidants : l’idée surprend. Elle est pourtant de plus en plus fréquente — et souvent plus solide qu’elle n’y paraît. Mais alors, comment rédiger un business plan adapté quand on est aidant entrepreneur ?
Le business plan standard suppose une trajectoire linéaire, un réseau actif, un capital de départ, une disponibilité totale. Souvent, aucune de ces conditions n’est réunie pour les aidants ou ceux qui l’ont été. Vous vous demandez alors comment faire ?
La mission n’est pas impossible, je vous rassure. Je suis entrepreneure dans l’âme et je fais partie des personnes qui ne souhaitent définitvement pas (plus?) du statut salarié. Voyons ensemble comment réfléchir son business plan et créer sont entreprise quand on est aidants.
Commençons par les 3 erreurs à éviter et abordons les 6 points cruciaux à aborder.
Avant de parler de méthode, nous tenons à exposer une vérité : les aidants ont un profil entrepreneurial naturellement élevé. Evidemment, ce n’est pas un facteur suffisant mais ce n’est pas non plus juste que de dire qu’ils n’en sont pas capables et du coup, d’invisibiliser ceux qui le sont ou souhaitent le devenir.
Pourquoi un aidant est un entrepreneur potentiel ?
- Ils ont géré des ressources rares (temps, énergie, argent) sous contraintes
- Ils ont pris des décisions risquées
- Ils évoluent dans l’incertitude
- Ils ont une connaissance aiguisée dans les domaines de la santé, du médico-social, du handicap, de l’accompagnement
Le problème n’est donc pas le profil mais la confiance en ce profil.
Les 3 erreurs classiques du business plan d’un aidant entrepreneur
1. Sous-estimer le temps de réparation
Un business plan se construit sur des hypothèses réalistes de disponibilité. Beaucoup d’aidants, au moment de se lancer, surestiment leur capacité de travail immédiate. La fatigue physique, cognitive, émotionnelle ne disparaît pas, même quand la personne aidée disparait.
Un plan qui ne prend pas en compte cette phase de reconstruction personnelle est un plan qui va planter les premières projections de chiffre d’affaires. Cette fourchette de temps est propre à chacun.
2. Ignorer l’expérience acquise
La plupart des business plans ne mentionnent pas l’expérience de l’aidant dans l’analyse de l’offre. C’est une erreur stratégique majeure. Dans les secteurs liés à l’accompagnement, au conseil, à la formation ou aux services à la personne, cette expérience est un élément différenciateur. Elle construit une crédibilité que les concurrents n’ont pas.
3. Construire un plan pour quelqu’un d’autre
Le business plan est souvent conçu pour convaincre un banquier ou un investisseur. Mais si vous n’avez pas besoin de financement bancaire — ce qui est fréquent pour des activités de service ou de conseil par exemple — le business plan de l’aidant entrepreneur reste un outil de gestion incontournable. Il est utile pour tester la cohérence de votre projet, sa viabilité et le fait de vous rémunérer. (Combien j’en ai vu sans aboutir à une rémunération, les chiffres même prévisionnels ne mentent pas)
Les 7 points qui structurent un business adapté à votre réalité d’aidant
Voici les points principaux auxquels les aidants en reconversion vers l’entrepreneuriat doivent penser.
1. L’offre et son histoire
Décrivez votre offre. Mais surtout, décrivez pourquoi vous êtes légitime pour la proposer. C’est ici que votre expérience d’aidant est à valoriser. C’est votre histoire et elle dit beaucoup de vous.
Si votre activité est tournée vers l’accompagnement, le conseil, la formation, la médiation ou les services à la personne, votre vécu d’aidant est un différenciateur concurrentiel. Il construit une crédibilité que vos concurrents n’ont pas.
2. Le marché segmenté et l’analyse concurrentielle
- Qui sont vos clients (les fameux personas) ?
- Quels besoins ont-ils ?
- Quels services vont résoudre leurs problématiques ?
- Sont-ils solvables ?
- Comment les atteignez-vous ? Quels réseaux sociaux utilisent-ils ?
- Quels sont leurs comportements d’achats ?
- Pourquoi feront-ils appel à vous ?
3. Le modèle économique réaliste
Ici, il s’agit de se poser des questions telles que :
- Quel est votre tarif horaire ou forfaitaire qui vont vous permetre de « tenir » ?
- Combien d’heures par semaine allez-vous dédier à votre entreprise ? Comment ce volume d’heures va-t-il évoluer ?
- Prévoyez-vous des revenus récurrents ?
- Quelles sont vos offres de lancement ?
- Quelles sont vos dépenses ? Quels sont vos investissements ?
- Quelle est votre trésorerie de départ ?
- Quel est votre seuil de rentabilité ?
- Combien de mois pouvez-vous rester sans vous rémunérer ?
Ce ne sont pas des contraintes. Ce sont des combinaisons à penser et à tester. Un scénario pessimiste qui est rentable est plus rassurant qu’un scénario optimiste.
4. Votre disponibilité réelle et immédiate
Il s’agit de planifier non pas ce que vous voulez faire, mais ce que vous pouvez faire compte tenu de votre situation réelle et actuelle.
- Êtes-vous encore en situation d’aidance ? Et dans quelles mesures ?
- Quels relais que vous n’avez pas encore sollicités reste possibles ?
- Quel est votre niveau d’énergie disponible en dehors de vos obligations ?
- Est-il possible d’être soutenus dans d’autres domaines ?
Le facteur temps est un facteur important qu’il ne faut pas négliger. Au départ, n’hésitez pas à le quantifier pour vérifier que vos prévisions sont réalistes. Sinon, des ajustements seront à envisager.
Le réseau et les ressources disponibles
Votre réseau a peut-être souffert pendant l’aidance. Mais il n’a pas disparu. Communiquez autour de vous, sur vous et votre nouvelle activité, activez votre réseau. C’est le moment de solliciter un soutien.
- Anciens collègues ou managers encore en activité
- Professionnels rencontrés (médecins, travailleurs sociaux, associations)
- Communautés d’aidants qui peuvent devenir ambassadeurs et même clients
Le réseau constitué pendant l’aidance est souvent sous-évalué. Il peut être un canal d’acquisition direct.
5. Le prévisionnel dans le temps
Voir à 5 ans n’ a pas toujours un sens réaliste. Les premiers mois sont fluctuants. Prévoir sur une période de 18 mois à 3 ans, c’est bien. [Voir notre articile sur la vallée de la mort] avec quatre jalons clairs :
- De 0 à 6 mois
- De 12 mois à un an
- De 1 an à 18 mois
- + 2 ans
6. Le financement : ce que vous ne savez peut-être pas
Plusieurs dispositifs spécifiques peuvent s’appliquer à votre situation.
- L’ARE (allocation chômage)
- Les aides régionales : beaucoup de régions financent des programmes d’accompagnement à la reconversion professionnelle. (La Région Île-de-France notamment.)
- France Travail
- Les exonérations partielles de cotisations sociales
- Le statut micro-entrepreneur qui est un régime de l’entreprise individuelle, appelée EI, idéale pour tester l’offre, en toute souplesse.
- L’ADIE
- La BPI
- Les CAE …etc
Renseignez-vous bien, AVANT. Les cadres juridique et financier peuvent grandement influencer la viabilité de votre projet. L’erreur, sous prétextes d’économies, est de penser que l’on peut se passer d’experts techniques. Elle se paie souvent très cher.
Prenez en compte également les prestations dont vous êtes bénéficiaires (prestations sociales, PCH, AEEH,) et vérifiez leur cumul avec une quelconque rémunération, pour éviter les mauvaises surprises. (Comme par exemple, votre complément AEEH qui est calculé en fonction de votre réduction de temps de travail).
Vous l’avez compris ? Entreprendre est un retour à l’emploi possible qui présente des avantages (et des inconvénients tout comme dans le salariat). C’est une réflexion profonde sur ses aspirations professionnelles, sa quête de sens et d’équilibre de vie.
Plus vous allez vous y préparer, plus vous allez anticiper, plus vous avez des chances de réussir.
Le conseil le plus important est de ne pas rester seuls et de bien vous entourer. C’est exactement pour cette raison que nous avons créé Prochaine Aire. Une équipe d’experts est là pour vous répondre et vous accompagner. [→ Pour découvrir nos offres adaptées à vos besoins et à votre rythme ]